Le Moulin de la Bourgognade
  Sara & Mark Priest welcome you to their website
 
 

The History of the Moulin de Bourgognade

Website Translation

Le Moulin de Bourgognade,

à Saint-Philippe du Seignal

 

Le moulin de Bourgognade dépendait du château de ce nom. Il est installé sur le ruisseau du Seignal, dans la commune de Saint-Philippe du Seignal. En pays foyen, ce type de moulin s’appelle une moulinasse. Souvent, un même propriétaire possédait une moulinasse et un moulin à vent. Quand le vent soufflait, le meunier faisait farine dans le moulin à vent. Quand le vent retombait, il allait travailler dans la moulinasse.
La carte de Cassini, publiée à la fin du 18e siècle figure le moulin de Bourgognade. On en voit un second en aval dont j’ignore le nom et un troisième en amont, le moulin des Essards. Sur la colline s’élève le moulin à vent dépendant du seigneur de Bourgognade, près du tènement des Roussets. Sur le plateau, à l’aplomb du château de Bourgognade, se trouvait un autre moulin à vent, le moulin de Bizet. Un moulin à vent se trouvait à la limite de Pineuilh et de Saint-Philippe du Seignal, probablement en plaine. En 1749, il n’existait plus depuis longtemps.
Y avait-il suffisamment de terres à blé, dans la paroisse de Saint-Philippe, pour donner du travail à tous ces moulins ? Il faudra consulter les registres de la taille de cette paroisse, couvrant une grande partie du 18e siècle, pour avoir un premier élément de réponse.
Il en sera question dans le premier alinéa. Ensuite, seront présentés les propriétaires successifs de la moulinasse et certains de ses meuniers, en particulier, les Labadie.
Avant de conclure, je présente rapidement l’histoire du moulin au 19e siècle et je donne des pistes de recherche.
Voici le plan adopté :
1 - Le moulin de Bourgognade et l''agriculture à Saint-Philippe dans les années 1600
2 - Les propriétaires successifs de Bourgognade, de 1550 à 1789
3 - Les Labadie, meuniers de Bourgognade au 18e siècle
4 - A propos du 19e siècle
5 - Conclusion
 
 
 
 
1 - Le moulin de Bourgognade et l''agriculture à Saint-Philippe dans les années 1600
Les moulins sur bateaux, ancrés dans la Dordogne, sont les plus anciens que l’on connaisse en pays foyen. Ils sont cités par des textes du 11ème siècle. Je ne sais pas quand furent bâtis les premiers moulins sur ruisseaux. Ils sont mentionnés dans des documents du 15ème siècle. Le moulin de Bourgognade aurait donc six siècles ou presque. Ensuite, vinrent les moulins à vent.
L’acte le plus ancien concernant le moulin de Bourgognade date du 15 mai 1602 :
Isaac Reclus vend à Jacques Philipot, bourgeois de Sainte-Foy une métairie en la paroisse de Saint-Philippe avec les trois quarts d''une moulinasse pour 1500 écus (valant 6000 francs bordelais). Cette moulinasse n’avait qu’une meule.
On appelait moulinasse un moulin installé sur un petit canal qui recevait l’eau du ruisseau et la rendait plusieurs dizaines de mètres plus loin. On n‘avait pas le droit d‘établir le moulin sur le ruisseau lui-même, pour éviter que la retenue ne prive d‘eau le moulin se trouvant en aval.
La métairie était une exploitation agricole gérée par un métayer. La récolte, diminuée des futures semences et des charges se partageait à deux entre le propriétaire et le métayer.
Isaac Reclus et Jacques Philipot (ou Phellipot), sont deux notables foyens. Reclus est procureur en la cour ordinaire de justice de Sainte-Foy. Phellipot est marchand et bourgeois de Sainte-Foy. Comme tous les notables de la ville, ces deux personnes possèdent des exploitations agricoles dans les paroisses proches.
Phellipot est riche. A Sainte-Foy, il possède deux maisons, une étable et une grange. Il possède des métairies à Saint-Avit du Moiron, à Pineuilh, à Saint-Philippe, à Sainte-Aulaye de Breuilh. Bourgognade l’intéresse. En 1602, il a donc acheté une métairie avec les trois quarts d’une moulinasse.
Le 6 juin 1611, noble Jean de Lagrange, écuyer, seigneur de Bourgognade, lui vend
la maison de Bourgognade avec ses appendances et dépendances, avec les rentes dues sur le village et tènement des Guignards et vignobles de Pécharnaud pour la somme de 20 000 livres. Le tènement et le village des Guignards se trouvent dans la paroisse de Pineuilh et les vignobles de Pécharnaud, dans celle de Saint-André.
Le comte de Saint-Saud avait noté que, « A cette époque, Bourgognade est un petit castel construit au 16ème siècle sur l’ancien fief de Rouzières, débaptisé lorsqu’on a construit le château. Il a été ainsi nommé en souvenir de la paroisse de Bourgognade (canton de Lauzun, Lot-et-Garonne), qui eut le même maître ».
Jacques Phellipot illustre l’essor de la bourgeoisie foyenne depuis quelques décennies. Il devient collecteur d’impôts pour le seigneur de Bourgognade, puis, il achète les moulins qui en dépendent, une moulinasse et un moulin à vent, et enfin, il achète la seigneurie elle-même.
On sait qu’à la même époque, il a affermé sa moulinasse au meunier Abraham Mingauld.
Le moulin à vent est sous-affermé à Jean Bernier, surnommé Bougougnade, le 11 mai 1619. Jean Bernier fera son travail de meunier pendant un an et paiera sa location en nature : 6 boisseaux de blé froment et 1 boisseau de mesure. Le montant de la location est modéré, sinon faible et le meunier ne paye pas une partie de la location par son travail, en moulant le blé du propriétaire. Le moulin est en bon état, tournant et virant, pour reprendre l’expression consacrée. Ce n’est pas l’éventuel mauvais état du moulin qui justifie le montant peu élevé de la location.
Il faut en chercher la cause dans la nature d’un petit terroir comprenant quatre moulins pour une faible proportion de terres à blé. La plaine de Saint-Philippe est en grande partie inondable ; certaines zones sont marécageuses. La seule plante que l’on peut y cultiver est le chènevis. Beaucoup de terres sont consacrées à sa culture. On en tire le chanvre dont la tige donne de longs fils que l’on tisse pour faire des draps ou que l’on entortille pour obtenir des ficelles et des cordes. Près des maisons du bourg, les jardins alternent avec des chènevières dont la proportion augmente en allant vers le Seignal.
En 1620, trois tisserands, deux filasseurs et deux tailleurs d’habits de la paroisse passent des actes chez un notaire foyen, maître Lajonie. Ils n’étaient certainement pas les seuls à exercer ces professions à Saint-Philippe.
D’autres parties de la plaine sont aménagées en prairies. Ces terres humides donnent une herbe de bonne qualité, une herbe grasse, comme on dit ici, qui nourrit parfaitement les troupeaux de bovins.
Quant aux pentes des coteaux, Elles sont couvertes par des vignobles. La carte de Cassini montre qu’ils s’étendent sur la pente, derrière le château de Bourgognade. Ces vignobles séculaires sont laissés à l’abandon dans les années 1876, après la crise du phylloxéra. Dans le bois qui s’étend derrière Bourgognade on voit encore un cep de vigne accroché aux branches hautes d’un chêne majestueux : il a grandi avec l’arbre.
 
 
2 - Les propriétaires successifs de Bourgognade de 1550 à 1789
On sait peu de choses sur les propriétaires de Bourgognade antérieurs à Jacques Phellipot. En 1550, un Pierre de Lagrange est qualifié d’écuyer, sieur de Bourgognade. Jean de Lagrange, dont il a été question, est conseiller du roi. Nous l’avons vu, il a vendu sa seigneurie à Jacques Phellipot en 1611.
Jacques Phellipot a épousé Judith Duclou qui lui donne deux filles, Marie et Jeanne. Jeanne épouse Mathurin de Vincens.
A la mort de Jacques Phellipot, ses deux filles se partagent ses bien et Jeanne obtient Bourgognade. C’est ainsi que Bourgognade passe dans la famille de Vincens. D’après Edouard Guillon, les descendants de Jeanne et de Mathurin de Vincens restent propriétaires de Bourgognade jusqu’en 1848. Ce n’est pas exact, nous le verrons.
Mathurin de Vincens et Jeanne Phellipot ont deux fils, Daniel et Jean. En 1636, Jeanne Phellipot est veuve. J’ignore la date de sa mort. La seigneurie de Bourgognade revient à Jean.
Jean épouse Madeleine de Cahors qui lui donne six enfants. En 1694, après le décès de Jean de Vincens, on procède à l’inventaire de ses biens. Cet acte a été conservé. Je ne l’ai pas transcrit et il faudra le faire : les inventaire après décès n’omettent rien et donnent une description précise des biens meubles et immeubles du défunt. Nous connaîtrons alors très bien la seigneurie et le moulin de Bourgognade en 1694.
Son fils Josué hérite de Bourgognade. Il épouse Jeanne de Ségur. Le couple a trois enfants : Elisabeth-Jeanne, Anne et Henri-César. La bibliothèque municipale de Bordeaux conserve un factum imprimé, émanant de Josué de Vincens. Je n’ai pas consulté cette pièce. Josué de Vincens était en procès avec un de ses proches parents… qui avait le même prénom et le même nom que lui : Josué de Vincent.
A la mort de ses parents, Bourgognade revient à Henri-César, qui rend hommage au roi pour Bourgognade le 30 août 1747.
Le 17 mars 1778, dame Petit veuve de messire Henry César de Vincens écuyer, seigneur de Bourgougnade et Jeanne Elisabeth de Vincens demoiselle leur fille, vendent Bourgognade.
La terre, fief et seigneurie sont achetés par Marie Béatrix Depré d’Houville de Chasseneuil, veuve de messire Pierre Hubert de Vezeaux de Chasseneuil. Bourgognade comprend alors divers domaines, corps de métairies, moulins, meubles meublant, vaisseaux vinaires (autrement dit barriques et récipients pour le vin) et cheptel. Le domaine comprend alors 124 journaux, soit près de 52 hectares. En fait, le contrat de vente a été passé devant L’Homme et Duclos, notaires au Châtelet.
La dame de Chasseneuil prend son futur domaine en main. Le 3 mai 1778, elle donne à ferme à Jean Labadie meunier habitant dans le moulin appelé de Bourgougnade, deux moulins l''un à eau et l''autre à vent situés ledit moulin à eau vulgairement appelé moulinasse sur le ruisseau du Seignal et dans lequel moulin Labadie habite, et le moulin à vent sur le tertre de Bourgougnade, pour le terme de 5 années. Le contrat est passé dans la maison noble de Bourgognade. Chaque année, Labadie paiera un loyer de quarante boisseaux de blé mesure et quatre boisseaux froment.
Marie Béatrice d’Huppé d’Ouville avait épousé le marquis Pierre Hubert de Devezeau de Chasseneuil le 31 mai 1751. Leur fille, Geneviève, naît le 17 avril 1752. Son père meurt le 4 février 1765. Marie Béatrice affirme alors ses qualités d’organisatrice et de gestionnaire. Elle reprend en main les châtellenies de Chasseneuil, Mestric et les Pins, situées entre Angoulême et Poitiers.
Marie Béatrice est une femme de tête, elle a aussi d’excellents amis. En 1766, elle reçoit de l’un d’eux un héritage de 120 000 livres, somme considérable.
J’ignore combien lui a coûté l’achat de Bourgognade. Il suffira de se reporter à l’acte de vente pour le savoir. Pourquoi Marie Béatice de Chasseneuil a-t-elle acheté cette seigneurie très éloignée de ses possessions du Poitou ? Connaissait-elle les membres de la famille de Vincens ? A-t-elle eu la possibilité de faire un bon « placement d’argent », comme on dit aujourd’hui ? Voici une piste de recherche : les de Vincens, seigneurs de Bourgognade, possédaient le domaine du Trimouil, en Jarnac, proche des possessions de la marquise de Chasseneuil.
Marie Béatrice de Chasseneuil est inhumée le 9 décembre 1785.
J‘ignore ce que devint Bourgognade pendant la Révolution : encore un thème de recherches.
 
 
3 - Les Labadie, meuniers de Bourgognade au 18ème siècle
Pour le 18e siècle, j’ai trouvé divers documents concernant les meuniers de Bourgognade ; de quoi esquisser leur histoire.
Pendant sa vie, Josué de Vincens afferme son moulin à différents meuniers.
Jean Abadie, est meunier de Bourgognade en 1727. C’est alors un jeune homme. Il a épousé Marie Marty et, le 26 novembre 1727, le couple baptise leur petite fille, Suzanne.
De 1728 à 1731, le moulin est géré d’autres meuniers, un jeune couple, Pierre Boé et sa femme, Jeanne Fraisse. Le 9 septembre 1728, c’est la naissance de leur fils Jacques et, le 30 avril 1731, celle de leur fille Marie, dans le moulin de Bourgognade.
Dans le courant de l’année 1731, ils sont remplacé par François Goubier qui, lui aussi, appartient à une ancienne famille de meuniers du pays foyen. Des membres de cette famille, tous meuniers, exercent leur activité en pays foyen de 1715 à 1875.
François Goubier ne reste par longtemps dans notre moulinasse. En 1732, il est meunier à Coutures, au moulin de la Baie. Ensuite, il s’établit dans le moulin des Femmes, à Ligueux.
En 1741, nous retrouvons un membre de la famille Labadie à la direction du moulin. C’est Jean Labadie, son père avait été meunier de Bourgognade avant lui, en 1727.
Les Labadie sont une ancienne famille de meuniers du pays foyen. Dans les actes des notaires, on trouve leur nom écrit Abadie, Badie la Badie ou Labadie. Comme tant d’autres, ils se sont installés là où le travail les appelait, et ils ont affermé des moulins dans diverses paroisses du pays foyen.
En 1741, avec Jean, les Labadie s’installent à Bourgognade pour longtemps.
Mais, pauvre jeune homme ! Il est tombé amoureux d’Anne Gachinard, il lui fait un enfant et il finit par l’épouser. Le contrat de mariage est daté du 31 août 1741, la jeune femme meurt le 16 novembre suivant, après avoir accouché d’une petite fille, Marie.
Le 29 mai 1752, Jean Labadie se remarie, et comme le veut une tradition qui est toujours respectée, le mariage se déroule dans la maison où habite la mariée : dans le bourg de Monestier et maison de Pierre Jarnac dit Lagorce, Jean Dabadie, munier habitant de la paroisse de St Phelip juridiction de Sainte-Foy, fils à feu Jean Dabadie et de Marie Marty, faisant du consentement de Pierre Dabadie son frère et de Suzanne Dabadie sa soeur, épouse Catherine Jarnac habitante du présent lieu, fille de Jean Jarnac et de Jeanne Laville. Le couple fut heureux. Catherine Jarnac aura l’occasion de témoigner des bons et agréables services qu’elle reçoit journellement de son mari. Catherine et Jean eurent plusieurs enfants qui tous, sont nés dans le moulin de Bourgognade :
- Jean, dont j’ignore la date de naissance.
- Pierre, né le 26 février 1757.
- Marie, née le 2 mars 1767.
- Marie, née le 28 août 1770.
Jean Labadie a dépassé la cinquantaine. Un mois après la naissance de sa petite Marie, le 24 septembre 1770, il achète une maison dans le bourg de Saint-Philippe à Moïse Faure, surnommé Bellet. Le couple Labadie continue d’habiter au moulin avec la vieille mère de Jean. J’ignore ce qu’il fait de la maison qu’il vient d’acheter. Le 28 juin 1771, la vieille dame décède. Elle a atteint un âge auquel on arrive rarement à l‘époque, 80 ans.
De son côté, Jean Labadie cherche un revenu supplémentaire, ou peut-être, veut-il cultiver un jardin. Le 8 septembre 1771, il achète une pièce de terre labourable proche de sa maison à Jean Faure, brassier, qui habite au village des Mingaux, dans la paroisse de Pineuilh. Précisons qu’un brassier est un employé agricole qui n’a que ses bras pour travailler. A l’époque, on ne disposait que de quatre sources d’énergie : la force humaine (c’est le cas du brassier), la force animale (celui qui possédait un attelage de bœufs était un laboureur), la force du vent et celle de l’eau, qu’utilisaient les meuniers.
La famille de Jean s’agrandit avec la naissance d’Anne, le 14 juillet 1773.
Un autre membre de la famille, Elie, meunier, lui aussi, possède une petite terre à Saint-Philippe, moins d’une vingtaine d’ares.
Jean Labadie a pris son fils aîné comme valet de meunier. L’adolescent a appris le métier en aidant ses parents. En 1774, il approche les 22 ans. Le 18 octobre de cette année, il épouse Anne Favereau.
Les parents Labadie se sentent vieillir et mettent leurs affaires en ordre. Voici une quittance pour Jean Labadie meunier de la paroisse de Saint Philippe de messire Jacques Philippe de Lagrange. Elle est datée du 13 décembre 1774.
Puis, ce 22 juillet 1775, Jean Labadie et sa femme Catherine Jarnac vont chez Cabrol, notaire à Sainte-Foy : chacun fait son testament. Ces documents nous apprennent que leurs cinq enfants, Jean, Pierre, Marie, autre Marie et Anne sont tous en vie. La semaine suivante, le 29 juillet, Jean Labadie jeune remet à son père une somme d’argent qu’il lui avait empruntée.
A la fin de l’année suivante, Jean Labadie père règle la dot de sa sœur qui s’était mariée le 4 septembre 1761. Trente cinq ans s’étaient écoulés depuis le mariage ! Jean avait profité de cette longue période de travail pour accumuler de petites économies. Elles lui ont permis, avant tout, d’acheter la maison, puis une petite terre, d’élever ses enfants et de nourrir sa vieille mère jusqu’à sa mort. Comme on sait qu’un écrit reste, le versement de la dot de Suzanne, la sœur de Jean, se fait devant notaire. Le 23 novembre 1776, Jean Gadras, laboureur habitant le village des Boudets parroisse d''Uffert juridiction de Théobon, reçoit de Jean Labadie, meunier son beau-frère, habitant de la paroisse de Saint-Philippe, la moitié de tous les meubles effets lits et linge constitués à Suzanne Labadie, femme dudit Gadras et soeur dudit Labadie par le contrat de mariage entre eux daté du 4 septembre 1761.
Le lendemain, Jean Labadie père remet la dot de sa première femme à Marie, la fille qu’il avait eue avec elle.
Jean a pris ses précautions : 15 jours après, il se fait remettre une petite somme qu’il avait prêtée à un de ses voisins, Pierre Goubier, brassier.
Cependant, nous l’avons vu, Bourgognade change de propriétaire. Le 3 mai 1778, Béatrice de Chasseneuil confirme Jean Labadie dans son poste.
Dans le même temps, notre meunier réclame l’argent que lui doit Pierre Pénissou, surnommé Mayne. Celui-ci lui a emprunté de l’argent et n’arrive pas à le rembourser. Le 7 avril, Jean Labadie lui fait adresser un acte de sommation et de protestation. Jean prend cette affaire au sérieux et ne la laisse pas traîner. Ne pouvant pas se faire payer en argent, il se fait payer en nature : le 29 avril suivant, Pierre Pénissou lui vend un morceau de terre. Cette terre règlera le compte.
Ensuite, je perds la trace de Jean Labadie. Il a appris le métier à son fils Pierre qui prend sa suite, mais, pour combien de temps, dans la moulinasse de Bourgognade ?
L’année 1780 a-t-elle bouleversé la vie des Labadie ? Le 17 avril 1780, Marie Béatrice Dupré d’Honville de Chasseneuil vend la moulinasse à Pierre Paris aîné et à Jeanne Drilhole, son épouse. L’acte donne la nature des biens vendus : une moulinasse à une meule, maison et autres édifices, sur le Seignal, à Saint Philippe, près du Pont d’Agron, plus environ trois journaux de terre (1,2 hectares environ). La vente se fait pour 8875 livres.
Pierre Paris est meunier et s’occupe d’un des moulins à bateaux ancrés dans le lit de la Dordogne, devant le Pont de la Beauze, paroisse de Saint-André. Il est probable qu’il remplace Jean et Pierre Labadie dans le moulin de Bourgognade.
A partir de 1780, en effet, Jean et Pierre Labadie habitent la moulinasse des Essards, en amont de Bourgognade, sur le Seignal.
Quatre générations de Labadie ont fait farine dans le moulin de Bourgognade. Leur présence a été continue de la fin des années 1730 jusqu’en 1780.
Pendant cette longue période, je n’ai trouvé qu’un contrat d’afferme de la moulinasse consenti aux Labadie père et fils. Il y a certainement eu un contrat d’afferme à chaque changement de meunier, comme il y en a eu un quand le propriétaire a changé. Et puis, on sait qu’il était sage de ne pas laisser passer trente ans sans refaire un contrat d’afferme.
Il est donc certain que l’on trouvera un jour d’autres contrats d’afferme du moulin de Bourgognade. Ils indiqueront le matériel dont dispose le meunier, ses contraintes, le montant et la nature du loyer, la durée de l’afferme et les obligations du propriétaire.
 
 
4 - A propos du 19e siècle.
Je n’ai pas fait de recherche sur cette période. Voici donc des pistes :
Les archives de la commune de Saint-Philippe du Seignal offrent trois
types de documents :
- Le plan cadastral établi vers 1836. Le moulin de Bourgognade y figure, avec la forme des bâtiments qui le composaient à l’époque.
- Les cadastres du 19e siècle donnent la liste des propriétaires successifs de Bourgognade et la description précise des terres qui en dépendaient : surface et nature des cultures.
- L’état-civil dans lequel on trouvera les naissances, mariages et décès à Bourgognade. Par exemple, le 14 octobre 1822, acte de naissance de Jean Albert, fils de Marc Albert, meunier, habitant au moulin de Bourgognade, en cette commune, et de Izabeau Marty (Arch. Com. Saint-Philippe du Seignal).
Les Archives départementales, surtout celles de la Gironde, conservent beaucoup de dossiers sur votre moulin. La question est de les trouver ! Il faut souvent feuilleter page à page plusieurs registres de notaires avant de trouver un acte consernant son sujet de recherche…
Les moulins sur ruisseau ont préoccupé les services des Ponts-et-Chaussées. On en trouvera trace dans la série S. Quant aux archives des Ponts-et-Chaussées de Sainte-Foy, elles ont été jetées à la déchèterie il y a environ trois ans, dans l‘indifférence générale.
Voici une piste de recherche, avec le texte de ces deux lettres de l’ingénieur des Ponts-et-Chaussées - j’ai respecté l’orthographe :
Ces deux lettres concernent un problème qui se pose aux riverains du Seignal, dans la partie comprise entre Saint-Philippe et Ligueux. Le cours du ruisseau est tortueux, souvent étroit et parfois, barré par des arbres ; les moulins aggravent ces retenues et l’hiver, le Seignal déborde fréquemment et inonde les champs voisins.
Les ingénieurs des Ponts et Chaussées s’occupèrent de ce problème à partir des années 1830. J’ignore s’ils firent entreprendre des travaux. Constatons qu’un bassin de retenue a été aménagé près du moulin de Bourgognade… 150 ans environ après ces enquêtes qui exposaient clairement le problème.
Revenons aux années 1840. Une force nouvelle se développe, l’énergie thermique.
En 1859, un sieur Martin a installé à Pineuilh un moulin fonctionnant grâce à une machine à vapeur, et le système se répand. Dans les années 1870, les meuniers souffrent de la concurrence que leur font ces minoteries industrielles. Ils abandonnent leurs moulins et se reconvertissent dans les métiers proches du leur : agriculteur producteur de blé et boulanger.
On a abandonné les moulins à vent. Ils commencent à tomber en ruine. A Saint-André et Appelles, le meunier des Bérangers est pris d’un coup de folie. Il casse le mécanisme de son moulin à coup de masse et précipite dans le vide les lourdes meules en silex.
Les moulinasses résistent à la crise parce que les bâtiments qui les abritent sont faciles à entretenir. Elles s’endorment. Certaines continuent de faire farine, bien peu, certes, et de concasser le grain que l’on donne aux volailles.
De 1939 à 1944, celles qui ont subsisté reprennent du service : il fallait être discret, ce type de travail échappant au contrôle strict de l’administration de Vichy.
La moulinasse de Bourgognade a connu un sort différent : la famille Durand l‘a maintenue en activité, elle l’a modernisé, et elle a su diversifier sa production. C’est le seul moulin su ruisseau du pays foyen à être resté en activité si longtemps.
 
 
5 - Conclusion
L’histoire du moulin de Bourgognade illustre plusieurs caractères des groupes sociaux qui ont fait l’histoire du pays foyen :
- Le long essor de la bourgeoisie foyenne et sa forte implantation dans la campagne proche. Au début du 17ème siècle, Jacques Phellipot achète le moulin de Bourgognade puis, la seigneurie. Il est assez riche et considéré pour marier sa fille avec un noble.
- L’importance du patrimoine, lien essentiel entre les membres de la famille, de génération en génération. Les descendants de Jacques Phellipot conservent Bourgognade jusqu’en 1778. Le patrimoine est resté dans cette famille pendant près de 180 ans.
- La ténacité au travail comme critère essentiel d’une bonne intégration sociale : nous voyons des meuniers affermer la moulinasse de Bourgognade pour un an ou deux et ne pas y rester. Peut-être ont-ils trouvé mieux ailleurs. D’autres meuniers, les Labadie, la gèrent pendant deux générations, de la fin des années 1730 jusqu’aux années 1780.
- L’usage d’une force nouvelle, l’énergie thermique, de plus en plus répandue, à partir des années 1850, entraîne la fin rapide des moulins qui utilisaient la force du vent ou celle de l’eau. Grâce à l’esprit d’entreprise de la famille Durand, le moulin de Bourgognade maintient son activité jusqu’en 1970, cas unique dans la moyenne vallée de la Dordogne.
 
La tradition prétend qu’il y a toujours eu un nid d’hirondelle au dessus de la fenêtre du meunier : l’hirondelle apporte le bonheur.
Lorsque le meunier ouvrait les vannes, le tic-tac du moulin faisait vibrer jusqu’à l’eau du ruisseau et les poissons arrivaient, curieux et gourmands.
Richard et Maggie Collins ont installé un gîte dans le moulin de Bourgognade. Vous y verrez toujours le vol des hirondelles, et sur l’eau du ruisseau, le sillage vif des ablettes.
Je n''ai pas indiqué les renvois à tels dépôts d''archives ou à tel ouvrage : il y en aurait près de soixante et le texte aurait inutilement alourdi.
Pour une meilleure lecture, je vous conseille de l''imprimer !
Catherine Baritaud m''a signalé beaucoup de références. Catherine, je te remercie !

 





eXTReMe Tracker
 

Le Moulin   Gite 1   Gite 2   Terms & Conditions   Availability   Tariff/Bookings   How to get here   Local Events   Under construction   The Weather   Photo Album   Visitors Book   Mill History   Flora & Fauna   Fishing   Contact   Links

© 2005 Le Moulin de la Bourgognade